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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 20:25
La prise d’antidépresseurs n’est jamais anodine. Des centaines de milliers de personnes chaque année s’en voient prescrire, sans être suffisamment informées de la durée du traitement et des effets secondaires. A quel moment arrêter le traitement et surtout comment procéder? Les réponses avec le docteur Alain Gérard, psychiatre.

Vous suivez un traitement contre la dépression depuis quelque temps et craignez de ne pas pouvoir vous en passer? Le Dr Alain Gérard, psychiatre, membre du Collectif de Réflexion et d'Etudes sur la Dépression, vous aide à y voir plus clair.

 

• Peut-on se passer d'un traitement antidépresseur?

Non, on ne peut pas se passer d'un traitement si l'on souffre vraiment d'une "dépression-maladie".
Mais oui on peut s'en passer si l'on souffre d'une simple déprime, de difficultés d'adaptation, de stress. 

Comment faire la différence? C'est l'intensité des symptômes et leur durée dans le temps qui mettent sur la voie:
 - se sentir ralenti psychiquement (difficultés à penser, à se concentrer, à éprouver) ou physiquement (fatigue matinale, amaigrissement, économie de geste),
- souffrir d'insomnie particulièrement en dernière partie de nuit, 
- être triste, voir le monde en gris et noir, 
- avoir l'impression d'être nul, voire envisager sa propre fin comme une solution à cette souffrance, sont des signes de maladie dépressive, et la plupart du temps d'ailleurs, c'est l'entourage et non la personne elle-même qui nomme alors la dépression. 

Dans ces cas, les antidépresseurs ont prouvé leur efficacité. Selon chaque personne, le traitement peut être prescrit sur une période de quelques mois ou au long court, et en prévention, lorsqu'il existe un risque de récidive.

• Quand arrêter les antidépresseurs?

Votre médecin vous prescrit des antidépresseurs, n'hésitez pas à lui demander:
- pourquoi il vous les prescrit,
- quels effets secondaires vous risquez de voir surgir, 
- pour quelle durée ce traitement est prévu, 
- comment l'arrêter. 

Qu'il soit psychiatre ou généraliste, il doit pouvoir répondre précisément à ces questions légitimes et prendre le temps de le faire. Une consultation débouchant sur un diagnostic de dépression et la prescription d'antidépresseurs ne doit pas être réglée en dix minutes. Seul un médecin bien formé et disposant de suffisamment de temps peut poser le diagnostic.

La relation de confiance est très importante entre le médecin et vous, etcomprendre son traitement, quel qu'il soit, augmente ses chances de réussite. La décision de l'arrêter doit donc être une décision concertée entre vous deux. 

Trop souvent, les personnes arrêtent le traitement d'elles-mêmes, et brutalement. C'est alors que peut se produire un syndrome de sevrage qui se manifeste par des insomnies, des vertiges, de l'irritabilité, et un retour des symptômes, par exemple. Ce qui peut induire une dépendance psychique: on a si peur de cet état que l'on pense ne plus être capable de se passer de médicaments.

En général, les spécialistes estiment qu'un traitement antidépresseur peut être arrêté à partir du moment où, depuis 3 mois, on est revenu à l'état antérieur à la période dépressive (cet état étant différent pour chacun, il n'y a pas de normalité en la matière). 

• Quels sont les effets secondaires des antidépresseurs?

Même si les nouvelles classes de médicaments présentent moins d'effets secondaires qu'auparavant, certains peuvent toutefois être gênants, comme:
- les troubles érectiles, 
- les troubles digestifs, 
- la sécheresse de la bouche, 
- les tremblements. 

Chez les personnes âgées
, les traitements antidépresseurs doivent être prescrits avec précaution. Car à court et long terme les effets secondaires peuvent être graves: saignements gastriques, confusion, agitation et baisse de tension à l'origine de risques accrus de chutes avec fractures. 

Il est donc très important, plus encore que pour les autres catégories de population, d'évaluer le bénéfice/risque d'une telle prescription et de réévaluer le traitement régulièrement avec le médecin prescripteur. 

 

• Comment arrêter un traitement?

L'arrêt d'un traitement antidépresseur ne se fait jamais seul et toujours progressivement. Les modalités dépendent du médicament et de sa demi-vie, c'est-à-dire du temps pendant lequel des traces subsistent dans l'organisme. Entre deux semaines et deux mois sont nécessaires pour arrêter le traitement dans de bonnes conditions.

Parfois, les antidépresseurs sont associés à d'autre médicaments psychoactifs:
- un hypnotique destiné à lutter contre l'insomnie rebelle. La durée de prescription de ce produit ne doit théoriquement pas excéder deux à quatre semaines selon le type de médicament (recommandation de l'Afssaps),
- un anxiolytique, utilisé contre l'anxiété et les crises d'angoisse, mais sans effet sur la dépression. La durée légale de prescription est limitée à 12 semaines. 

Il ne faut pas confondre ces différentes classes de médicaments qui, on le voit n'ont pas les mêmes indications. Cette configuration modifie les modalités du sevrage et requiert une attention particulière. Chaque médicament doit faire l'objet d'un protocole différent.

 

• Suivre une psychothérapie facilite-t-il l'arrêt du traitement?

Les sujets souffrant de dépression et qui suivent une psychothérapie (quelle qu'elle soit, pourvu que le psychothérapeute soit sérieusement formé et que le patient se sente en confiance) récidivent moins que ceux qui ne prennent que des médicaments. 

Pour autant, en phase aigüe de la maladie dépressive, le fonctionnement même du cerveau est si modifié par la douleur psychique que la parole, les capacités même de penser, d'associer, de se représenter sont atteintes. C'est pourquoi, commencer une thérapie dans cette phase, sans traitement médicamenteux sera peu efficace. 

En revanche, une fois les symptômes stabilisés, les remettre en perspective, leur donner un sens par rapport à son histoire ou travailler sur des stratégies qui permettront de mieux faire face aux accidents de la vie ou au stress, aide:
- à mieux "métaboliser" les événements qui paraissaient auparavant insurmontables, 
- à se sentir moins déstabilisé, moins "agi", par l'extérieur.

• Quelle place pour les médecines douces, le sport, la méditation?

Le millepertuis est présenté comme un antidépresseur naturel. Il n'agit pas de la même manière que les antidépresseurs classiques et n'est donc pas recommandée dans le sevrage de ceux-ci. Toutefois il peut trouver sa place en cas de déprime passagère ou d'anxiété.

Quant à la relaxation, au sport, à la méditation, ces techniques peuvent apporter un mieux-être à une personne trop stressée ou anxieuse. Dans le cas d'une vraie depression-maladie, elles n'ont pas apporté la preuve de leur efficacité. Cependant, une fois le traitement mis en place, elles peuvent être une aide, ne serait-ce que dans la mesure où elles remettent la personne en position d'acteur de sa santé.
 
En savoir plus: 
"Dépression, la maladie du siècle", par le Dr Alain Gérard aux éditions Albin Michel.

http://www.notretemps.com/sante/10011587-antidepresseurs-quand-comment-et-pourquoi-decrocher/6-quelle-place-pour-les-medecines-douces-le-sport-la-meditation.html?xtor

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Published by VAUTOUR Christine - dans SANTE - PSY...
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