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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 22:02

Par Nathalie Birchem (La Croix) le 22/06/11

L'allocation équivalent retraite supprimée : des chômeurs sans ressources
Au 1er janvier dernier, le gouvernement a supprimé l'allocation équivalent retraite (AER) destinée aux chômeurs proches de la retraite. Alors que la réforme entrant en vigueur le 1er juillet a repoussé l'âge légal de départ à 62 ans, plus de 30 000 demandeurs d'emploi âgés seraient privés de ressources.
À la fin du mois de juillet, les revenus de René Némoz, Villeurbannais de 58 ans, vont connaître un gros trou d'air. À cette date, cet ancien menuisier du bâtiment, qui a plus de 41 années de travail derrière lui, aura épuisé ses trois années de droit au chômage et il ne pourra plus toucher ses 1300 € d'indemnisation mensuelle. Jusqu'ici, il pensait avoir droit à l'allocation équivalent retraite (AER), une aide financée par l'État de 33 € par jour, soit un peu moins de 1000 € par mois.

Mais cette prestation a été supprimée par le gouvernement le 1er janvier dernier. Créée en 2002, elle permettait justement aux demandeurs d'emploi ayant leurs annuités, mais pas encore l'âge de départ, d'attendre la retraite. René devra donc se contenter des 461 € mensuels de l'allocation de solidarité spécifique (ASS), le minima social des chômeurs en fin de droits. Et il devra s'en contenter plus longtemps, puisque la réforme des retraites promulguée à l'automne repousse, à partir du 1er juillet 2011, l'âge légal de départ, qui passera de 60 ans aujourd'hui à 62 ans en 2018.
Malgré ses quarante ans d’usine…"Avec un loyer de 420 €, les factures d'électricité, la mutuelle, la nourriture : comment voulez-vous que je vive avec 460 € par mois ?", s'alarme Marie-Pierre, qui va passer de l'allocation de chômage à l'ASS en novembre. À 58 ans, cette Angevine, qui a commencé à travailler à 16 ans, a derrière elle "quarante ans d'usine" et encore plus de trimestres "validés". Elle n'a pas pour autant le droit de bénéficier du dispositif "carrière longue" qui permet à ceux qui ont commencé à travailler très tôt de liquider leur retraite avant l'âge légal.

"On est les sacrifiés de la réforme des retraites", s'énerve Christian qui, désespérant de retrouver un travail, admet avoir eu "une bonne dépression". À 57 ans, ce Vosgien, un ancien cadre technique dont l'allocation de chômage prend fin le 30 juin, va devoir attendre "trois ans et quatre mois" avant d'avoir le droit de partir en retraite, malgré 41,5 années de cotisations au compteur. Sans allocation équivalent retraite. Et, comble de malheur, sans allocation de solidarité spécifique non plus, "car les revenus de mon foyer dépassent les plafonds pour y avoir droit".
Une association se mobilise pour l’AERComme René, Marie-Pierre ou Christian, ils seraient près de 30 000 demandeurs d'emplois seniors privés d'AER. Trop vieux pour retrouver un travail, trop jeunes pour partir à la retraite. C'est du moins l'estimation de Monique Manca, présidente de l'Association de défense contre la suppression de l'allocation équivalent retraites, qui reçoit "des messages de gens concernés venant de toute la France". Créée par d'anciens salariés de l'automobile du Doubs, qui avaient parfois adhéré à un plan de départs parce qu'ils savaient pouvoir compter sur l'AER, cette association a déjà obtenu, avec l'aide des syndicats, deux fois le rétablissement de cette allocation. Sa suppression avait déjà été programmée en 2009, puis en 2010, mais, à chaque fois, crise aidant, la mobilisation avait eu gain de cause. L'association, qui devait organiser un rassemblement à Montbéliard vendredi 24 juin, réclame que "l'AER soit maintenue pour toutes les personnes licenciées avant le 1er janvier 2009".
Rien en vue pour remplacer l'AEREn septembre dernier, en pleine mobilisation sur les retraites, le premier ministre, François Fillon, avait créé l'espoir en promettant à la télévision "un système équivalent à l'AER, pérenne, pour les travailleurs âgés". Rien n'est venu et, aujourd'hui, Matignon renvoie ses interlocuteurs vers le ministère du travail, qui répond : "Nous avons mis en place des mesures sur l'emploi des seniors. Quant à l'AER, nous l'avons prolongé deux fois. "

Ce que le gouvernement "voulait en fait, c'est que l'Unédic paie à la place de l'État, mais les partenaires sociaux ne peuvent pas indéfiniment financer les prestations que l'État ne veut plus payer ! ", s'indigne Laurent Berger, le négociateur emploi de la CFDT, qui assure avoir récemment "interpellé le ministère du travail sur cette question". Le rétablissement de l'AER coûterait "autour de 250 millions d'euros", selon la CFDT. Mais, précise Stéphane Lardy, en charge du dossier à Force ouvrière, "on nous dit qu'il n'y a pas de budget, le dossier est bloqué".

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Published by VAUTOUR Christine - dans DEMANDEURS D'EMPLOI
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